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Bordeaux Primeurs: négoce des vins bordelais
Le système des vins en primeurs à Bordeaux
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Le négoce, pierre angulaire des primeurs à Bordeaux
François Mauss, mars 2007
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Si la Champagne est incontestablement la région vinicole
française qui a, de loin, le système marketing, le contrôle,
l’image les plus efficaces, Bordeaux a créé une organisation
unique de ses ventes avec ce qu’on appelle le «
négoce ». Là
encore, ce sont nos amis anglais, puis hollandais et allemands
qui ont mis en place cette organisation particulière : les
châteaux produisent, le négoce vend. On aura compris
immédiatement les avantages et inconvénients d’un tel système.
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Rappelons brièvement et schématiquement le fonctionnement de
cette dualité. Lors du mois de mars qui suit la dernière
vendange, les courtiers et négociants dégustent “en primeurs”
les vins des châteaux les plus importants, ceux qui ont un réel
potentiel international. Commence alors un va-et-vient de
discussions, d’évaluations, de notes, de commentaires, tous
éléments qui vont permettre aux châteaux de définir un « prix de
sortie ». Afin de se réserver éventuellement une valorisation
accrue ultérieurement par une seconde vente à un prix plus cher,
les châteaux pratiquent aussi le système des « tranches » : on
ne vend d’abord qu’une portion du volume produit, et en fonction
du succès de cette première vente, on peut réajuster le prix
pour le solde du volume disponible.
Les châteaux, conscients des qualités et des défauts de leurs
vins, par l’intermédiaire de professionnels qui s’appellent les
« courtiers » proposent, généralement avant fin juin, des «allocations» aux négoces sur la base d’un prix dont ils sont,
in fine, les seuls décideurs.
Les négociants sont ainsi capables de communiquer avec leurs
grands clients internationaux sur la quantité et la valeur des
divers crus, et donc « sentir » les potentialités de commande.
Alors, ils acceptent ou pas les allocations proposées..
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Avantages et inconvénients
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Avantages du système des
primeurs:
- La propriété n’a pas à mettre en place un système coûteux de réseau de
vente
- La propriété reste proche de ses acheteurs, de leur réputation, de leurs
banquiers. Les risques financiers sont réduits
- La propriété dispose ainsi d’une trésorerie précieuse alors même que les
vins sont encore en élevage (car ils ne sont livrés et
disponibles que deux ans plus tard, après leur «élevage»)
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Inconvénients: - Le château ne connaît peu ou pas ses clients finaux. C’est un réel
handicap - En fonction de la qualité du millésime, de la force de négociation du
négoce, de la réputation du cru, il arrive régulièrement que
c’est en fait le négoce qui fasse la loi et fixe les prix :
la propriété doit alors s’incliner dans ce rapport de force
car elle ne dispose d’aucun outil pour vendre efficacement
son vin.
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Le système devra encore évoluer
Comme d’habitude, ces remarques générales doivent être modulées,
et les rapports de force sont plus que jamais mouvants et
alternatifs. On a vu récemment des châteaux qui ont voulu
quitter le système… et y revenir précipitamment, en devant
supporter une punition plus ou moins forte.
On a vu des châteaux qui rejetaient le négoce et qui finalement
ont compris, que dans leur position, ils pouvaient tirer un
meilleur revenu, des facilités de trésorerie, en travaillant
avec le système. Des dizaines d’ouvrages ont paru sur le sujet
et le monde des amateurs connaît les Johnston, les Mähler-Besse,
les Cordier et, plus récemment, les Moueix et Castéja, deux
redoutables négociants qui sont souvent incontournables.
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Pour autant, la place bordelaise devra probablement évoluer pour deux
raisons majeures :
- Internet devient un outil puissant, bon marché et mondial. Tout le monde
attend avec anxiété que la loi américaine, qui défend, en dépit
du bon sens libéral et en reste de la prohibition, un système
dit des « trois-tiers» (importateur, distributeur, revendeur) où
chacun prend une marge conséquente, tout le monde des amateurs
attend que cette loi se lézarde et disparaisse. Ne nous y
trompons pas : ce n’est pas pour demain, mais cela se fera et ce
sera une énorme révolution.
- la GD (Grande Distribution) a un pouvoir d’achat gigantesque, se
contente de marges raisonnées et tient de plus en plus à acheter
directement à la propriété pour éviter de payer la marge des
courtiers et du négoce. Quand on voit les expansions des grands
groupes à l’étranger (Carrefour, Auchan et autres), on
comprendra que le handicap d’une image soi-disant peu
valorisante de la GD deviendra de moins en moins un frein à ce
canal de distribution et de vente. |
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Dans ce système complexe où plusieurs aspects tiennent du poker
- menteur, est venu s’ajouter un acteur dont le pouvoir est réel
: Robert Parker. Ce génie de la communication, du commentaire
compréhensible, du système immédiatement accessible d’une note
sur 100 est devenu un élément majeur de la définition du prix
(et à sa suite, un paquet de journalistes du monde entier).
En effet, il se trouve que la promotion d’un vin – et donc son
succès commercial – passe par ce qu’en disent les meilleurs
critiques. C’est un fait indiscutable. Et l’Union des Grands
Crus de Bordeaux, dans le grand pragmatisme qui la caractérise,
a vite compris qu’il fallait ouvrir et canaliser les « primeurs
», d’abord à la presse professionnelle, et ensuite, devant le
succès et les demandes, à la presse générale. |
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Robert Parker: un acteur incontournable
Et
c’est pourquoi, fin mars, les petites départementales de la
Gironde sont envahies de journalistes qui courent ici et là,
déguster, à l’aveugle ou pas, les vins de quelques centaines de
châteaux. Les propriétaires mettent les petits souliers dans les
grands, les tapis rouges sont réservés aux noms les plus
illustres, et chacun attend avec impatience les notes de
dégustation des plus fameux, tout le monde sachant bien que
seule la note de Robert Parker peut apporter la cerise sur le
gâteau de tels ou tels domaines qui bénéficieront alors d’une
vente plus rapide, d’un meilleur prix, tant il est vrai que la
règle fondamentale est la suivante : si le négoce s'intéresse
à la qualité, il achète avant tout une marge.
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On
connaît l’exemple de plusieurs domaines qui, fort d’une note
exceptionnelle chez Robert Parker, ont cru pouvoir demander un
prix plus élevé. Mal leur en a pris, car le négoce, pas fou,
doit assurer un financement de plus en plus lourd, eu égard à
l’envolée des prix des meilleurs crus.
Avec le millésime 2005, on a atteint un certain paroxysme car on
a eu la conjonction de 3 facteurs essentiels :
- le millésime avait des qualités réellement exceptionnelles : les trois
maturités étaient là en même temps : le sucre, les arômes, les
tannins des pépins.
- le monde bordelais avait très savamment orchestré cette information bien
avant l’arrivée des journalistes qui n’avaient plus à être
convaincus
- et Robert Parker était d’accord sur l’exceptionnel de ce millésime.
Pour le millésime 2006 qui va être dégusté cette année, les
choses sont plus délicates :
- le Dollar est encore fortement pénalisé contre l’Euro
- les premiers échos sur la qualité du millésime sont loin d’approcher
ceux du 2005
- et surtout le négoce, les importateurs, les distributeurs ont encore sur
les bras de gros volumes de 2005 et 2004 qui pèsent fortement
sur leur trésorerie : il va falloir que la place de Bordeaux
considère sérieusement ce facteur, quand bien même il y aurait
ici et là, des réussites de ce millésime mouillé
particulièrement affirmées. |
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Penser au client-consommateur
Conclusion ? Plus que jamais il faudra être sélectif. On attend
des acteurs, que ce soient les propriétaires, les négociants,
les importateurs, qu’ils pensent un peu plus au client final qui
a déjà beaucoup dépensé en 2000, 2001, 2003, 2005.
Les futés, eux, auront trouvé les joyaux de 2002 et de 2004 - et
il y en a à tous prix, dans toutes les appellations : à chacun
de les chercher dans les «Belles au bois dormant»
régulièrement indiquées chez les meilleurs et plus consciencieux
journalistes.
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François Mauss: le portrait (photo Peter
Knaup) |
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François
Mauss est le créateur et Président du Grand Jury Européen. Le GJE est un
cénacle indépendant d'experts européens qui se réunit tous les deux mois
afin effectuer de grandes dégustations à l'aveugle sous contrôle d’une
entité juridique. Fin connaisseur et amateur passionné des plus grands
crus bordelais, bourguignons.. ou d'ailleurs, François Mauss réalise
également des produits informatiques, professionnels et "grand public",
dans les domaines du vin et de la gastronomie.
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C'est avec
un immense plaisir que nous accueillons François dans les colonnes de
Winemega.com!
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Retrouvez les réflexions en ligne de
François Mauss sur les
carnets du GJE.
Découvrez le fonctionnement du Grand Jury Européen sur le
site du GJE.
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