Mondovino, un film sur les effets de la mondialisation dans le monde du vin

de Jonathan Nossiter : l'avis de Lauriann Greene-Sollin

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Mondovino de Jonathan Nossiter (suite)
Un film sur les effets de la mondialisation dans le monde du vin - Janvier 2005

L'avis de Lauriann Greene-Sollin - Présidente de French Wine Explorers

 

> Interview

Lauriann Greene-SollinWM: Lauriann, qu'avez-vous pensé du film de Jonathan Nossiter?

LGS: Nous avons été voir Mondovino l'autre soir. Je ne peux que le recommander chaudement à tous les amateurs. Non seulement j'ai trouvé ce documentaire extrêmement bien fait, mais aussi très fort par moments. Il faut dire que Jonathan Nossiter a de nombreuses cordes à son arc car, de nationalité américaine mais parlant parfaitement le Français, l'Italien et l'Espagnol, il a une solide formation de Sommelier, tout en sachant réaliser des films. Une sacré combinaison gagnante! 

WM: Lors de vos fréquentes visites dans les vignobles Français et Européens, vous êtes souvent amenée à rencontrer de nombreux producteurs. Est-ce que vos propres observations recoupent parfois celles présentées par Mondovino?

LGS: Eh bien, ce film offre un regard unique sur certains aspects les plus nobles - et aussi les plus vils des intervenants viticoles. Même si je suis impliquée depuis longtemps dans ce monde là, j'ai réalisé, grâce au film, qu’il y avait certains aspects du business dans le monde du vin que j’ignorais. 

 

WM: Et qu'est ce qui vous a le plus frappé dans ce film? 

LGS: Vraiment, ce qui ressort de Mondovino, c'est que depuis des siècles, le vin à représenté une extraordinaire aventure HUMAINE. C'est précisément cette dimension-là qui attire un très grand nombre d'amateurs. En regardant le film, j'ai très souvent pensé aux moments que nous vivons lors de nos visites auprès de certains producteurs qui savent rester simples et humains. Nous ressentons toujours un plaisir fou à partager avec eux des moments uniques pendant une heure ou deux. On y ressent des sentiments totalement différentes que lorsqu'on visite, par exemple, une grande exploitation viticole dans la Napa Valley en Californie. C'est également ce qui attire les gens en France: l'insistance sur des aspects humains de la vie, comme de passer du temps ensemble avec des amis ou de la famille, en partageant l'expérience de manger de bons repas en dégustant des bouteilles intéressantes. 

Michel RollandWM: Vous avez probablement l'occasion de rencontrer certains "acteurs" figurant au générique de Mondovino. Ne pensez-vous pas que le réalisateur a parfois mis en exergue certains traits de caractères qui n'étaient pas forcément nécessaires à la compréhension du film? 

 

LGS: En ce qui concerne Michel Rolland, c'est un personnage certes fascinant, mais qu'il est aussi facile de détester. Bien sûr qu'il est un oenologue particulièrement brillant, mais dans le film, il creuse sa propre tombe. Il apparaît constamment arrogant et possède un ego gigantesque comme, par exemple, lorsqu'il affirme que si un vin est excellent, c'est entièrement du fait de son intervention (à moins que ce soit de l'humour au second degré..). En fait, il a l'attitude typique de l’œnologue, lequel est en admiration devant ses propres prouesses techniques, tout en étant persuadé que c'est la technologie qui fait l'essentiel des grands vins. Michael Broadbent, le Directeur de la Maison Christies à Londres, fait une remarque intéressante lors du film. Michel Rolland est originaire de Pomerol, qui est la patrie des plus grands Merlots, puissants, charpentés, concentrés.. Inconsciemment, pour lui, ces canons esthétiques correspondent à la définition d'un Grand Vin, qu'il essaierait de reproduire avec des vins et des cépages d'autres régions. Malheureusement, sans le terroir unique de Pomerol et en plantant uniquement du Merlot tout en injectant du micro-bullage (ou micro-oxygénation) dans les cuves ou les barriques, on arrive simplement à reproduire une très pâle imitation des Grands Crus Libournais.

WM: ..et les autres personnages?

LGS: Pour le reste, il est vrai que Nossiter est nettement plus gentil à l'encontre d'Aimé Guibert ou Hubert de Montille. Mais il les montre sans complaisance non plus. De Montille, par exemple n'est pas très diplomate. Il est loin d'être parfait. Et ce n'est pas un héros, mais un être humain, lequel amène de l'humanisme dans les vins qu'il produit. En réalité, on ne peut s'empêcher d'être touché par les vignerons des Andes ou de Sardaigne, lesquels produisent des vins, simplement parce qu'ils l'aiment pour ce qu'il est. On ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine répulsion pour les faiseurs d'argent que sont les Mondavi, Boisset ou Rolland. Egalement, j'ai trouvé les Mondavi vraiment peu intéressants. Peut-être avaient-ils d'autres choses à dire, que Nossiter n'a pas su (voulu?) montrer. En tout cas, leurs déclarations sont particulièrement vides et expriment bien peu de sensibilité! Robert Parker, non plus, ne sort pas particulièrement grandi de ce documentaire. Lui aussi possède un énorme ego, alors qu'il déclare sa fierté d'être américain. Je trouve qu'il n'éprouve aucune compassion sur les effets de ses jugements, ou de son influence, alors que certaines personnes peuvent parfois s'en retrouver ruinées.

WM: Certains critiques trouvent que la tendance du film est partiale et d'obédience alter-mondialiste, alors qu'il ridiculise les contributeurs jugés comme "pro-globalisation"..

LGS: Il est clair que la vision de Jonathan Nossiter est biaisée - chose que j'ai également relevée lors des ses interventions dans les médias français. Mais, à mon sens, ce n'est pas seulement contre la globalisation du vin que Nossiter s'élève. Sa perspective est plus générale. Le secteur viticole (ainsi que l'agroalimentaire par exemple) est contrôlé par un petit nombre de puissants groupes multinationaux (Mondavi / Constellation etc..), lesquels imposent leur vues et leur philosophie sur les processus de fabrication mondiale du vin - qui doivent tendre vers un produit standardisé, facile à vendre, et qui sera accepté par le plus grand nombre de consommateurs.

WM: Cependant, à part cette thèse anti-globalisation, y a-t-il d'autres aspects qui n'auraient pas été suffisamment traités dans Mondovino?

Soutirage dans les chaisLGS: Pour moi, un des points manquants du film est qu'il n'est jamais dit que de nombreux producteurs en France (et en Europe) font vraiment de MAUVAIS vins. Bien entendu, Nossiter a principalement interviewé des viticulteurs connus et reconnus pour la qualité élevée de leurs produits. Mais il ne faut pas se leurrer: il y aurait énormément d'améliorations et de réformes à amener au sein de la viticulture française. Cependant, le sentiment d'attachement au sol des vignerons demeure, la plupart du temps, très vif. Et c'est tant mieux, autrement nous risquons de tendre vers une situation caricaturale de standardisation des vins, où nous aurions basiquement un style de Coca-Cola rouge et un style de Coca-Cola blanc. Mais surtout, nous perdrions le fil avec plusieurs siècles d'histoire de la civilisation occidentale.

WM: En tant que citoyenne américaine, comment ressentez-vous l'image que Mondovino donne de vos concitoyens?


LGS: Voyez-vous, pour moi, un des points majeurs du film est lorsque Hubert de Montille grommelle: "..ce n'est pas la guerre entre l'Europe et les Etats-Unis. Mais celle de l'industrialisation contre la culture du vin. Voilà où se situe le vrai conflit". Un peu plus loin, il ajoute avec un peu d'amertume que "..ce qui plaît à Parker est à l'opposé de ce qui me plaît. Mais si Parker attribue une bonne note, les prix vont exploser". Ce qui me frappe avec beaucoup d'amateurs Américains et parfois Australiens qui participent à nos visites des vignobles Européens, c'est qu'ils ne comprennent absolument pas pourquoi il faut BAISSER les rendements des vignes, alors que les producteurs pourraient apparemment faire plus d'argent en AUGMENTANT les rendements! Pour nombre d'Américains, faire de l'argent est plus qu'un besoin - c'est un sacerdoce. Ainsi, nombre d'entre eux ne comprennent vraiment pas ces drôles d'Européens, qui persistent à accepter des années de qualités différentes, alors qu'ils suffirait de gommer tout ça par des apports technologiques (et Dieu sait pourtant combien j'apprécie la technologie en général!), ou encore d’utiliser des assemblages provenant de Dieu sait où, afin d'obtenir une consistance et une homogénéisation maximale des vins d'une année sur l'autre. Il y a une expression que j'adore et qui, je pense, résume bien cette vision: "Seuls les médiocres sont toujours à leur maximum". De manière évidente, je suis ici parfaitement en accord avec l'auteur de Mondovino.


WM: Merci Lauriann. 

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Lauriann Greene-Sollin est d'origine américaine. Sommelière de formation, elle est diplômée de l'Université du Vin de Suze-la-Rousse et possède le titre d'Expert en vins français. Elle dirige, avec son mari, une société américaine - French Wine Explorers - proposant, à l'attention des amateurs de Crus, des visites personnalisés dans différentes régions viticoles en Europe. 
 

 

 

 

 

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