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Dégustation de vins de Bordeaux:
La révolution Derenoncourt.. une soirée avec l'enfant terrible de la vinification bordelaise
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Il était intéressant de pouvoir juger sur pièces le travail de Stéphane Derenoncourt. Une remarquable palette de vins, tous représentatifs de son style, nous étaient donnés à tester. Remarquablement orchestrée par Jacques Perrin (n'oubliez pas de visiter son site
www.cavesa.ch), membre entre autres du
Grand Jury Européen et par ailleurs fidèle contributeur pour Winemega.com, cette soirée était l'occasion pour un parterre de haute volée de rencontrer loin du stress bordelais, Stéphane Derenoncourt, peut-être l'œnologue le plus controversé du moment. Parcours d'un autodidacte:
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d'Aiguilhe
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Domaine de l'A
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Puygueraud
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Pin Beausoleil
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Gigault
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Grands Maréchaux
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Clos de l'Oratoire 1996
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Clos de l'Oratoire 1997
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Pavie Macquin
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Rol Valentin
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Mondotte
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Château d'Aiguilhe
1999
Côtes de Castillon,
Vin de Bordeaux, France
80%
Merlot / 20%
Cabernet-Franc - 100% de bois neuf, 18 mois d'élevage.
Robe brillante, rubis, beaucoup de jambes -
Nez
floral, fruits rouges, bien développé, assez
tannique
en bouche mais on sent bien le
fruit derrière - Caractère assez rustique et " viril " bien structuré avec une
acidité bien présente mais peut-être un léger déséquilibre sur l'alcool.
84/100
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Domaine de l'A 1999
Côtes de Castillon,
Vin de Bordeaux, France
60%
Merlot / 25%
Cabernet-Franc / 15%
Cabernet-Sauvignon
Belle robe lumineuse.
Nez discret mais s'ouvrant dans le verre, touche mentholée - Agréable
attaque en bouche, douce, harmonieuse, poivrée, épicée, belle
finale tendre. Du fait du très jeune âge moyen des vignes (20 ans), il manque encore un peu de concentration pour en faire une bouteille parfaite. Avec cette qualité de base, le
Domaine de l'A ne pourra que progresser ces prochaines années.
88/100
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Château Puygueraud 1998
Côtes de Francs,
Vins de Bordeaux, France
60%
Merlot / 40%
Cabernet-Sauvignon
Robe rubis.
Nez caractérisé par le
fruit rouge. Bouche encore relativement
tannique.
Attaque soyeuse et équilibrée.
Finale un peu amère.
85/100
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Ch. le
Pin-Beausoleil 1998
Premier vin de "garage" de la soirée
80%
Merlot - 10%
Cabernet-Sauvignon- 10%
Cabernet-Franc - 10'000 bt/an sur 6 ha. Second
millésime réalisé par l'actuel propriétaire Arnaud Pauchet, le premier pour Derenoncourt. La curiosité de ce vin concerne l'élevage simultané dans la même cuve des deux Cabernets ! Le résultat est étonnant et bouscule les habitudes.
Robe profonde, pourprée.
Nez ciselé de fruits rouges et d'agrumes, touche de résine - Bouche riche en fruits, relativement concentrée avec une
finale harmonieuse. Beaucoup de fraîcheur, bien que manquant légèrement de " punch ". Belle réussite.
87/100
Exemple qu'il est encore possible (pour combien de temps ?) de produire d'intéressantes micro-cuvées à prix raisonnable (env. 30 EUR).
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Château
Gigault Cuvée Viva 1998
Premières Côtes de
Blaye, vin de Bordeaux, France
80%
Merlot / 20%
Cabernet-Franc
Robe sombre -
Nez évolué avec des touches de vanille, tabac, épices, fruits noirs - Belle trame avec une
structure solide mais sans lourdeur. Ne rend certainement pas encore tout son potentiel à ce stade d'évolution.
86/100
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Les
Grands Maréchaux 1998
Premières Côtes de
Blaye , vin de Bordeaux,
France
80%
Merlot / 10%
Cabernet-Franc / 10%
Cabernet-Sauvignon
Robe pourpre.
Nez un peu effacé mais prometteur. Bouche équilibrée présentant beaucoup de fraîcheur. L'impression est agréable avec cependant une fin de bouche un peu linéaire. On sent un
élevage très travaillé et on se réjouit de revoir cette bouteille dans quelques années.
85/100
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Clos de l'Oratoire
1997
Saint-Emilion, Vins de Bordeaux, France
Grand Cru Classé
Premier
millésime entièrement piloté par Stéphane Derenoncourt. La robe est brillante avec de légers reflets plus clairs.
Nez encore fortement marqué par la vanille. Bouche étonnamment ample et franche de
fruit, bien qu'il manque un petit peu de
gras en
milieu de bouche. Vin bien mûr et réussi, parfait à ce stade pour accompagner un beau repas.
89/100
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Clos de l'Oratoire
1996
Saint-Emilion, Vins de Bordeaux, France Grand Cru Classé
Dernier exemple des vins produits avant l'ère Derenoncourt. Rouge rubis foncé.
Nez agréable bien qu'encore relativement marqué par le bois.
Structure relativement simple tombant un peu tôt en fin de bouche. Vin agréable, mais quelque peu linaire, globalement en retrait par rapport au 1997, plus complexe malgré le
millésime !
85/100
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Château Pavie-Macquin 1997
Saint-Emilion, Vins de Bordeaux, France
Grand Cru Classé
Elevage effectué à 70% en bois neuf
Robe encore pourpre et lumineuse.
Nez fortement caractérise par un Merlot bien mûr, presque rôti, très fin. La bouche est caractérisée par des
tannins encore tendres et frais, manquant peut-être un peu de
fruit. Typiquement un vin de repas, vif et
gras.
88/100
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Château Rol-Valentin
1998
Saint-Emilion, Vins de Bordeaux, France,
Grand Cru
Seconde micro-cuvée de la soirée. Production de 10 - 12'000 bt / an. Une précision méticuleuse est consacrée à la vinification avec par exemple une récolte pouvant monter jusqu'à 4 tries grain à grain comme dans le Sauternais !
Couleur sombre.
Nez énorme dominé par le cassis avec des touches mentholées. Superbe concentration avec un magnifique
équilibre entre l'acidité et le
fruit. Une magnifique fin de bouche qui dure et décline en pente douce sur des notes de chocolat. Remarquable !
90/100
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Château La Mondotte
1997
Saint-Emilion, Vins de Bordeaux, France
Dernier vin de la soirée avec une des micro-cuvées les plus célèbres.
Robe foncée, avec encore des reflets pourpres.
Nez
ouvert de fruits noirs - cassis, mûre, baies, cerise. Très " chaud " avec une superbe matière en bouche et une
structure et une persistance remarquable compte tenu du
millésime. Des
tannins bien présents mais encore tendres conférant au vin un
équilibre subtil et beaucoup de
gras. Une bouteille véritablement impressionnante!
91/100
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EPILOGUE
Les mots de la fin appartiennent à Stéphane Derenoncourt par une phrase résumant totalement sa philosophie du vin : " Elever un vin, c'est le rendre grand et non pas vouloir préserver à tout prix ce qu'on a réussi à faire techniquement en vinification ".
Alain Bringolf - pour Winemega.com |
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D'emblée, on sent que le bonhomme n'est pas là pour épater la galerie. La quarantaine, sobre, précis, technique mais sans se cacher derrière de savantes théories, le personnage est identique aux vieux ceps qu'il chérit, les pieds solidement enracinés dans le
terroir bordelais. Travaillant étroitement avec une vingtaine de propriétaires - il dit accompagner chaque vin du bourgeon au verre - omniprésent sur le terrain lors de toutes les étapes de la vinification, sa particularité est de bouleverser les idées reçues au sein de domaines aux caractéristiques extrêmement variées: depuis des vins dits de "garage"
(Rol
Valentin,
La
Mondotte,
Le
Pin-Beausoleil) jusqu'aux plus grands producteurs, (Canon la Gaffelière,
Clos de l'Oratoire,
Pavie-Macquin et plus récemment
Prieuré Lichine à Margaux). De plus, il est avec son épouse Christine, elle-même conseillant
la Tour Figeac à St-Emilion, l'heureux propriétaire du
Domaine de l'A (4 ha dont 60% de Merlot, 25% de
Cabernet-Franc et 15% de
Cabernet-Sauvignon), récente révélation des Côtes de Castillon mis en avant par nombre de dégustateurs dont l'incontournable
Robert Parker.
Natif des brumes du Nord où l'on cultive davantage la tradition du malt que des cépages, il arrive par hasard dans le Bordelais en 1982. Littéralement fasciné par le monde du vin, il gravit rapidement et en autodidacte les étapes menant de la condition d'ouvrier dans les vignes jusqu'à son statut actuel de conseiller pour de nombreux domaines prestigieux!
D'abord critiqué et dédaigné pour ses idées peu orthodoxes dans le milieu très conservateur des producteurs, Derenoncourt, par ses résultats finit par intriguer, intéresser puis rallier nombre de domaines qui finissent par adhérer à ses méthodes novatrices. Ces dernières sont basées sur un travail de la vigne en
biodynamie (1) "réaliste", favorisant des approches comme l'homéopathie ou la phytothérapie où les
levures
naturelles des grappes sont protégées, la maîtrise de la
micro-oxygénation ou encore un
élevage modulé sur
lies (2). Pour cet amoureux de la matière, un des aspects essentiels de la vinification consiste à garder en tout temps un maximum de
souplesse d'exécution. Tout peut être remis en cause selon les caractéristiques du
millésime, les possibilités des équipes techniques, les conditions météo etc.. Dans les domaines de taille relativement modeste (jusqu'à 30 ha environ), les vendanges peuvent au besoin être effectuées par tries comme dans le Sauternais. Déjà à ce stade, Stéphane Derenoncourt préconise des méthodes plus douces bannissant les
éraflages et pressurages violents. Les grains sont délicatement mis en cuves, lesquelles ressemblent alors "à de gigantesques boîtes de caviar prêtes à déborder", garantissant un apport en oxygène idéal et des températures de fermentation mieux contrôlées.
Priorité à l'élevage sur
lies
Une énorme importance est ensuite donnée à l'élevage (sur
lies) et à la faculté de pouvoir le moduler en fonction des caractéristiques des millésimes, sans appliquer de recette immuable. Par exemple, pour les 1999 (et vraisemblablement les 2001) dont les vins sont plus tendres et fragiles que les 1998 ou les 2000,
Derenoncourt décide de ne pas faire subir de soutirages (3) après la
fermentation malolactique (4). Par conséquent ses vins ne souffrent d'aucune intervention humaine durant 10 - 15 mois, alors qu'avec une méthode classique, ces vins seraient généralement soutirés 4 ou 5 fois, sans parler des
opérations de Bâtonnage (5) très en vogue actuellement! En différenciant ainsi
l'élevage (6) en fonction des millésimes, les vins plus fragiles ne sont pas touchés par un excès d'apport d'oxygène risquant d'engendrer à terme des problèmes d'oxydation.
Stéphane Derenoncourt travaille beaucoup sur le résultat final du vin en bouche. "Un
élevage sur
lies
bien mené aide à obtenir une
attaque en bouche plus soyeuse. Par contre, les données du final gustatif sont encore relativement mal maîtrisées dans le métier et j'y travaille énormément". La précision pourrait être le maître mot de sa philosophie, en perpétuelle quête du subtil
équilibre entre puissance et
élégance. Notre invité se montre réservé quant à la tendance actuelle de réaliser des vins super-concentrés aux
tannins rappelant un jus de chêne mêlé à du sirop de
fruit noir. Pour lui, la
surextraction abîme les molécules du vin. Malheureusement, bien des dégustateurs sont bluffés par leur agressivité boisée où par leur suavité et leur sucrosité lors de leur prime jeunesse. De plus, ces vins s'accordent difficilement avec la plupart des mets et finissent par ennuyer à table ! Est-ce vraiment une finalité de créer d'impressionnants vins de laboratoire bodybuildés, mais totalement ridicules en costume de ville ?
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Voir également le site de Stéphane Derenoncourt:
Vignerons Consultants
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